
Il y a quelques années, j’ai lu l’interview d’un médecin originaire du Maghreb qui, malgré ses années d’études et d’expérience, ne parvenait pas à exercer sa profession au Canada. Découragé, il disait même regretter son immigration et avait lâché une phrase qui m’a particulièrement marqué: « Mon pays a perdu un médecin, le Canada n’en a pas gagné, et moi j’ai perdu ma carrière. »
Cette réflexion résume un problème bien réel auquel sont confrontés de nombreux professionnels formés à l’étranger qui se heurtent souvent à un parcours long et coûteux pour faire reconnaître leurs compétences. Arrivés avec des diplômes d’ingénieurs, de pharmaciens ou de gestionnaires, ils se retrouvent trop souvent coincés dans des « emplois de survie ». Ce phénomène a un double effet : il freine l’intégration individuelle et prive le Canada du talent dont il a désespérément besoin, notamment dans les secteurs réglementés.
C’est précisément dans cette brèche qu’intervient Windmill Microlending, un organisme de bienfaisance qui combat ce gaspillage de talent. Leur mission est simple, mais vitale : offrir aux immigrants et aux réfugiés qualifiés des prêts à faible taux d’intérêt pouvant aller jusqu’à 15 000 $, destinés à financer des formations, des équivalences ou des certifications professionnelles. L’organisme propose aussi du mentorat et du coaching de carrière gratuits, afin que les nouveaux arrivants puissent non seulement travailler, mais aussi s’épanouir professionnellement.
Sam Ndayishimye, Directeur national, Relations avec les parties prenantes chez Windmill, connaît bien les défis auxquels sont confrontés les nouveaux arrivants. « Je suis arrivé au Canada comme réfugié, avec deux ans d’expérience professionnelle, un diplôme de premier cycle qui ne se transférait pas facilement, et aucun réseau », raconte-t-il. « Pour joindre les deux bouts, j’ai pris un emploi chez Walmart afin de faire face aux réalités du quotidien, tout en cherchant comment reconstruire mon parcours professionnel. »
Son témoignage rappelle que l’obstacle n’est pas le talent, mais l’accès aux bons leviers au bon moment. Sam raconte que sa propre trajectoire a basculé grâce à un geste de solidarité crucial. « Un moment déterminant a été l’aide de ma sœur, qui m’a accordé un prêt de 10 000 $ », dit-il. « Cet appui, arrivé au bon moment, m’a permis de transférer mes crédits et de poursuivre mes études. »
Conscient que « tout le monde n’a pas la chance d’avoir un proche capable d’intervenir ainsi à un moment clé », Sam aide désormais d’autres immigrants qualifiés à franchir les obstacles qu’il a lui-même rencontrés. « Lorsque le financement, l’accompagnement et la clarté sont réunis, des professionnels qualifiés peuvent reprendre leur carrière et contribuer pleinement à la société », dit-il.
L’intégration réussie des immigrants qualifiés est l’une des politiques les plus rentables pour le Canada. Malheureusement, les données récentes ne sont pas rassurantes. Selon Sam, « Environ un immigrant sur cinq quitte le Canada à long terme, avec un risque particulièrement élevé au cours des cinq premières années suivant l’arrivée, surtout chez les profils hautement qualifiés ». En gros, lorsque l’intégration professionnelle tarde, le risque de perdre ces talents est immense.
Le Canada attire de nombreux professionnels qualifiés. Le défi consiste désormais à leur faciliter l’accès à l’emploi. Si le Canada veut continuer à être performant, il doit cesser d’être le lieu des carrières brisées, et devenir celui des potentiels réalisés.
Si vous connaissez un immigrant qualifié qui cherche à faire reconnaître ses compétences, parlez-lui de Windmill.
Hopiho