LE MYTHE DU DICTATEUR BIENVEILLANT

Lorsque je vivais au Kenya au début des années 2010, je suivais des cours de leadership dans le cadre de mon MBA. L’un de nos professeurs, un homme respecté et charismatique, répétait souvent que la démocratie n’était pas forcément adaptée à l’Afrique. Selon lui, ce continent avait besoin d’un benevolent dictator, c’est-à-dire un dictateur bienveillant. Et l’exemple qu’il citait toujours était Paul Kagamé. Nous, les étudiants, acceptions ces idées sans trop de recul. Naïfs, nous gobions ces paroles comme des vérités.

Certes, le bilan de Kagamé au Rwanda est remarquable. Il a su reconstruire un pays dévasté par le génocide, impulser une croissance économique fulgurante et transformer une nation. Ses réalisations sont nombreuses (trop nombreuses pour être toutes citées), et il serait malhonnête de ne pas les reconnaître. Mais on ne peut pas ignorer que ces résultats s’accompagnent de violations des droits de l’homme et de la répression des opposants politiques. Kagamé ne tolère aucune dissidence. Cela, on l’oublie trop souvent, et c’est là que réside le problème du mythe du “dictateur bienveillant”. 

Ce mythe nous force à choisir entre le développement et la dignité humaine. Il nous demande d’accepter une prospérité économique en échange de notre liberté de penser, de parler et de critiquer. Doit-on fermer les yeux sur les violations des droits humains au nom de la stabilité et du développement? La réponse est non.

Cette réflexion me ramène aux commentaires que j’ai reçus sur mon dernier article L’ennemi de mon ennemi n’est pas forcément mon ami. Beaucoup de Camerounais glorifient Ahidjo pour la stabilité qu’il a apportée, en oubliant la répression politique et le musellement des libertés. J’ai constaté avec désolation que certains de mes compatriotes sont tombés dans le piège de la mémoire sélective.

Ce phénomène n’est pas propre au Cameroun. Il suffit de regarder du côté de la RDC, où Mobutu, longtemps considéré comme le symbole de la kleptocratie, est aujourd’hui réhabilité dans certains discours populaires. Pourquoi? Parce que le présent est insupportable. Parce que l’avenir semble bouché. Alors, on idéalise le passé. On le repeint avec les couleurs de la nostalgie, en oubliant les ténèbres qui l’accompagnaient. 

Cette idéalisation du passé ou la quête d’un homme providentiel est une réaction compréhensible, mais elle est aussi dangereuse, car elle nous pousse à croire que la prospérité économique et la démocratie sont deux objectifs mutuellement exclusifs. Cette fausse dichotomie est un argument souvent utilisé par les régimes autoritaires pour justifier leurs actions : « Pour avoir la prospérité, vous devez sacrifier vos libertés. »

Le vrai défi pour l’Afrique n’est pas de trouver le “bon” dictateur, mais de construire des institutions solides, de garantir des contre-pouvoirs et de protéger la liberté d’expression. Le véritable développement ne peut être mesuré uniquement par la croissance du PIB, mais aussi par le respect de la dignité humaine, la justice et la possibilité pour chaque citoyen de s’exprimer sans crainte.

Le destin d’un pays ne devrait pas dépendre du bon vouloir d’un seul homme, aussi “bienveillant” soit-il. Il est temps d’arrêter de glorifier les dictateurs. Nous n’avons pas à choisir entre prospérité économique et démocratie. Nous exigeons les deux. Et ça, c’est non négociable.

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3 comments

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