L’ENNEMI DE MON ENNEMI N’EST PAS FORCÉMENT MON AMI

On nous répète souvent : « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Mais l’histoire du Cameroun prouve le contraire. Aujourd’hui, beaucoup de Camerounais rejettent Paul Biya (et ils ont raison). Mais de là à croire qu’Ahmadou Ahidjo, parce qu’il fut l’ennemi juré de Biya, aurait été un ami du peuple, il y a un gouffre. Ahidjo fut tout sauf un ami du Cameroun.

Dans une lettre adressée au président camerounais Paul Biya rendue publique le 12 août dernier, Emmanuel Macron a reconnu la responsabilité de la France dans les crimes commis pendant la guerre d’indépendance du Cameroun. Cet aveu tardif vient rappeler une vérité douloureuse : l’indépendance du Cameroun, proclamée en 1960, fut une mascarade savamment orchestrée par l’Élysée. 

Ahmadou Ahidjo fut choisi et installé par la France pour neutraliser ceux qui, comme Ruben Um Nyobè, Félix Moumié ou Ernest Ouandié, incarnaient la véritable lutte pour l’indépendance. Sa mission était claire : écraser l’Union des Populations du Cameroun (UPC) et transformer le Cameroun en un État docile, aligné sur les intérêts français.

Karine Ramondy, l’historienne qui a dirigé le rapport de la commission sur le rôle de la France au Cameroun de 1945 à 1971, affirme qu’Ahmadou Ahidjo a mis en place « un régime autocratique et autoritaire avec le soutien des autorités françaises. » Elle explique qu’étant donné qu’il ne « faisait pas l’unanimité », il avait besoin d’être « assisté militairement et politiquement pour tenir son rôle ». C’est ainsi que les autorités françaises vont lui offrir un soutien militaire, politique, judiciaire très important qui va lui permettre peu à peu d’éliminer les « nationalistes indépendantistes ».

Sous le règne d’Ahidjo, des centaines de milliers de Camerounais ont été massacrés. Les villages de l’Ouest ont été incendiés, et les héros nationalistes ont été assassinés (avec la complicité des services français bien sûr). Ahidjo fut le bras armé de la France au Cameroun, un bourreau zélé qui gouvernait non pas au nom du peuple, mais au nom de la puissance coloniale. Les massacres perpétrés ne sont pas des légendes: ils sont des faits, et en reconnaissant la brutalité de cette guerre coloniale, la France confirme le rôle de marionnette joué par Ahidjo.

En 1982, Paul Biya hérite d’un État policier, centralisé, répressif bâti par Ahidjo et ne fait que prolonger ce système. La rupture entre les deux hommes n’a jamais été idéologique, ce fut simplement une querelle de pouvoir entre deux dictateurs. Ce n’était pas un affrontement entre la tyrannie et la liberté. Biya n’est pas devenu l’ennemi d’Ahidjo parce qu’il défendait les intérêts du peuple, mais parce qu’il défendait les siens.

Certes, Ahidjo est mort en exil au Sénégal. Certes, Paul Biya a refusé de rapatrier son corps. Mais qu’on ne s’y trompe pas : cela ne fait pas d’Ahiddjo un martyr, encore moins un héros. Ahidjo et Biya sont les deux faces d’une même médaille : celle de la dictature, de la soumission, du mépris du peuple.

Alors non, l’ennemi de mon ennemi n’est pas mon ami. Il est temps de rappeler cette vérité à ceux qui, au nom de la haine de Biya, sont prêts à s’allier avec la mémoire d’un homme qui a été complice des bourreaux du peuple camerounais. Ahidjo n’était pas un adversaire du colonialisme français. Bien au contraire, il en a été un pion, une marionnette dont le rôle a été de persécuter le propre peuple qu’il était censé représenter. Ahidjo n’était pas l’ami du peuple camerounais. Il fut son bourreau, tout comme Biya l’est aujourd’hui. 

Ce qui me choque profondément, c’est de voir certains opposants camerounais se prosterner sur la tombe d’Ahmadou Ahidjo. Ce geste est une insulte à la mémoire des martyrs de l’indépendance. Comment peut-on prétendre lutter contre le néocolonialisme tout en rendant hommage à l’un de ses plus fidèles serviteurs? Comment peut-on se prosterner devant la sépulture d’un homme qui a persécuté ceux qui rêvaient d’un Cameroun réellement libre? La haine de Biya ne doit pas justifier une telle amnésie. 

En allant se recueillir sur la tombe d’Ahidjo, ces opposants prouvent qu’ils ont une compréhension superficielle de l’histoire du Cameroun. Ils se trompent en voulant faire d’Ahidjo une victime, et du même coup, ils font offense aux véritables héros qui sont tombés pour que le Cameroun ne soit pas la propriété de la France. 

Le peuple camerounais a souffert sous Ahidjo, et continue de souffrir sous Biya. Réhabiliter Ahidjo sous prétexte qu’il est l’ennemi de Biya, c’est une insulte pour nos martyrs. Il est temps de sortir de cette logique binaire où l’ennemi de mon ennemi devient automatiquement mon ami. L’heure n’est plus à la nostalgie des marionnettes, mais à la reconquête de notre dignité.

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