JE NE SUIS PAS UN ACTIVISTE, MAIS JE RESTERAI TOUJOURS UN ÉTERNEL IMMIGRÉ

J’ai lu récemment une chronique d’Émilie Nicolas dans Le Devoir, intitulée « L’absurde mathématique des générations ». Elle y raconte, entre autres, l’attitude d’un copanéliste autochtone qui rit du débat sur qui est un « Néo-Canadien ». Il rit parce que la question est absurde, mais aussi parce que lui, étant donné qu’il n’a pas le phénotype européen, on lui demande constamment d’où il vient.

Dans sa chronique, Émilie Nicolas parle de l’expression « immigrant de deuxième génération », qui consiste à octroyer à des gens le statut d’éternel immigré. On se rend compte que certaines personnes, bien qu’elles soient nées à l’hôpital de Hull, ne seront jamais des citoyennes à part entière. On comprend alors que le concept de l’éternel immigré, ce n’est pas une question de papiers, de date d’arrivée ou de génération. C’est juste une question de peau. Tu peux être né ici, avoir grandi ici, avoir bâti vingt ans de carrière ici. La couleur décide, à ta place, si tu es vraiment d’ici.

Le meilleur exemple est Mark Carney. Le premier ministre du Canada, qui resserre actuellement le système d’immigration, est lui-même un Canadien de troisième génération. Toutefois, personne ne fait allusion à ça quand on parle de lui. Personne ne lui demande d’où il vient « vraiment ». Comme le souligne Émilie Nicolas, les gens comptent les générations seulement quand il s’agit de personnes non blanches.

Être noir et avoir le droit de simplement vivre

La semaine dernière, j’ai sorti ma chanson Arrêtez de piller nos bleds où je dis : «J’cache pas que j’ai aucune envie de militer / Je veux juste m’enjailler, écouter du Didi B/ Mais dans ce bled, ma peau fait de moi un éternel immigré ».

Ces phrases sont assez simples en apparence, mais elles rappellent que les personnes noires sont souvent réduites à leurs combats. Comme je le dis dans la chanson, je veux juste m’enjailler, c’est-à-dire que je ne veux pas que chaque conversation devienne un débat sur le racisme, la colonisation ou l’immigration. Je veux profiter de la vie sans avoir à réfléchir constamment aux grandes injustices du monde.

Malheureusement, lorsqu’on est noir et qu’on vit en Occident, la société nous rappelle régulièrement que nous sommes « différents ». Cela devient quasiment impossible de faire comme si notre couleur et nos origines n’existaient pas, et c’est ainsi que l’on devient un « activiste malgré soi ». Pas nécessairement parce qu’on aime militer, mais simplement parce que le silence n’est pas toujours une option.

Je n’ai jamais rêvé de devenir le porte-parole de quoi que ce soit, sauf que je me rends compte que je n’ai pas vraiment le choix. Quand tu es noir et que tes racines sont africaines, certaines réalités finissent par exiger que tu te positionnes. L’«activisme » cesse d’être un choix, et devient un devoir.

Alors que j’écris ces lignes, j’ai une pensée pour Pengo Bossio Wangi, victime de l’attentat raciste de Trappes. J’adresse mes sincères condoléances à sa famille. Que son âme repose en paix.

« Arrêtez de piller nos bleds » fait partie de mon album à venir L’important c’est la fin, pas le début.

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