L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE EST ARRIVÉE DANS LE RAP

Récemment, dans l’émission Carré d’As, Booba expliquait son nouveau processus de création. Il parlait d’intelligence artificielle, d’écriture assistée et de son nouveau rapport à la création. Et face à lui, Lino n’était pas convaincu. Moi non plus.

J’ai écouté avec beaucoup d’attention parce que depuis plus de vingt-cinq ans, Booba dicte la tendance dans le rap francophone. Il ne crée pas forcément les mouvements, il les rend incontournables. Avant lui, l’autotune était suspect. Après lui, tout le monde s’y est mis. Ce n’est pas une opinion, c’est un constat : quand Booba valide quelque chose, le reste du rap game suit.

Alors quand je l’entends dire qu’il utilise désormais l’IA pour écrire ses chansons, je ne prends pas ça à la légère. Parce que si Booba normalise ça, l’histoire dit qu’une bonne partie du rap francophone va lui emboîter le pas. Et c’est là que ça devient inquiétant.

Je ne suis pas contre l’intelligence artificielle. Loin de là. L’IA est un outil incroyable. Elle offre des gains de productivité réels, et dans les mains d’un professionnel, elle peut devenir un outil puissant. Toutefois, elle doit rester un outil, pas un substitut au talent. Elle ne doit pas servir de raccourci pour créer des artistes de façade. Aujourd’hui, avec les bons prompts, n’importe qui peut générer des paroles et des instrus en quelques minutes. 

Avant, il fallait du temps, du vécu, des heures de doute et de travail. Maintenant, on peut sauter toutes ces étapes. Il suffit d’un clavier, et le tour est joué. Et c’est là que le danger apparaît. À l’heure où tout s’accélère, les charlatans peuvent émerger plus vite que les artistes qui prennent  le temps de construire quelque chose.

Au  début des années 2010, quand je travaillais sur mon album Le Chant du cygne, j’étais prêt à tout arrêter en cas d’échec commercial. Mais très vite, j’ai changé d’avis car je me suis rendu compte que la création musicale m’apportait une joie que rien d’autre ne pouvait remplacer, et c’était ça, mon vrai salaire.

J’adore le processus de création. J’aime chercher, douter, trouver, transformer une idée en un morceau, donner une forme à quelque chose d’intangible. Et c’est précisément pour ça que la situation actuelle me questionne. Si on enlève l’effort, si on raccourcit le processus, si on automatise la création… Qu’est-ce qu’il reste, au juste?

C’est dans ce contexte que je prépare mon prochain album, prévu pour l’automne (fin septembre, peut-être début octobre). Je le fais avec Tom Lapointe, le producteur de Sarahmée. Chaque texte, chaque son, chaque décision est prise avec soin. Avec lenteur. Parce que je refuse les raccourcis.

Je travaille avec une idée en tête : et si c’était le dernier? Pas par fatigue, pas par manque d’inspiration, mais parce que je ne sais pas à quoi ressemblera le métier de rappeur dans trois ans. Si demain tout le monde peut faire de la musique, la profession va forcément changer.

Les gens autour de moi essaient de me rassurer. Ils me disent que l’authenticité finira toujours par s’imposer, que le public fera la différence et sera capable de séparer le bon grain de l’ivraie. Je veux bien les croire, mais je ne suis pas naïf. Quand tout le monde peut produire à la chaîne, la vraie question devient: qui prendra encore le temps d’écouter?

Dans un monde où chacun peut s’improviser musicien, l’avenir des artistes indépendants s’annonce fragile. Les grandes stars, elles, survivront. Ce sont les autres qui vont trinquer.

Alors ce nouvel album, je le fais comme si c’était le dernier. Sans tricher. Je travaille sur ce projet avec l’énergie d’un artiste qui est conscient que cet album est peut-être la dernière conversation avec son public. Si c’est le dernier, autant que ce soit le meilleur.

En attendant, je vous invite à mater le clip de ma chanson Fly, issue de mon album L’amour et ses conneries. Enjoy!

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