J’AI TRICHÉ MIEUX QUE VOUS, ALORS TAISEZ-VOUS

J’ai une connaissance kényane qui vit aux USA, et qui soutient Donald Trump et les Républicains. En apparence, il n’y a rien de mal à tout ça. Mais lorsqu’on connaît son background, on ne peut s’empêcher d’être perplexe.

L’automne dernier, à l’approche des élections américaines, elle a défendu Trump avec passion et colère, car elle été « ignorée » et « trahie » par l’administration Biden. Venue aux États-Unis avec un visa étudiant, passée par les affres de l’immigration légale, elle a finalement pu faire son trou dans la société américaine à force de persévérance. Aujourd’hui, elle vote Républicain parce qu’elle en a assez de ce qu’elle appelle « l’hypocrisie démocrate ». 

La cause de son ressentiment? Elle a été ignorée par les programmes d’aide censés soutenir les minorités. Pendant la pandémie, elle a dû se battre seule, pendant que d’autres, selon elle « moins méritants », recevaient l’aide de l’État sans condition. « J’ai tout fait dans les règles, payé mes impôts, monté une entreprise, attendu mes papiers dans l’angoisse… Et aujourd’hui, je vois des migrants illégaux débarquer, pris en charge avec l’argent de nos taxes. C’est une gifle », écrit-elle sur Facebook.

Elle fustige les politiques démocrates, qu’elle accuse de clientélisme, de laxisme, et de favoritisme envers ceux qui trichent. Selon elle, « on donne des chèques à des adultes valides pendant que les vrais handicapés galèrent », écrit-elle. Elle dénonce ce qu’elle perçoit comme une hypocrisie systémique : elle a respecté la loi, mais se sent désavantagée face à ceux qui l’ignorent.

Dans ses longues tirades sur les réseaux, elle raconte comment elle est arrivée aux États-Unis avec un visa étudiant et comment elle a découvert la complexité du système H-1B. Refusant un mariage de complaisance, elle rentre brièvement au Kenya avant de revenir légalement, cette fois avec un visa investisseur. Elle monte ensuite un commerce avec l’aide de son ex-compagnon, travaille dur, bâtit son crédit, puis affronte seule les conséquences de la pandémie. Et c’est là que, selon elle, tout bascule: « J’ai galéré pour obtenir les aides COVID », raconte-t-elle. « On m’a refusé les fonds car mon commerce était situé dans un quartier jugé trop riche. Mon loyer, lui, n’avait pourtant rien de fictif. »

Sa rancune s’amplifie avec la crise migratoire.  « J’ai vu les migrants traverser illégalement, être hébergés, nourris, orientés. » Elle ne nie pas les souffrances des autres, mais s’indigne de la priorité accordée à ceux qui ne respectent pas les règles. « J’ai dépensé des milliers de dollars, attendu des mois, vécu dans l’angoisse. Et eux ? Ils traversent la frontière, reçoivent du champagne, et on leur cherche des solutions. »

Aujourd’hui, elle s’affiche fièrement du côté des Républicains, convaincue que le camp démocrate est celui des pleurnicheries, de la paresse et des tricheurs. Elle se sent plus en phase avec les conservateurs parce que ceux-ci « récompensent le mérite, pas la victimisation ».

La vérité, c’est que son récit est bancal, biaisé, et surtout incomplet. C’est un discours hypocrite, moralisateur, porté par une femme qui s’érige en modèle alors qu’elle-même a profité du système de manière douteuse. Elle crache sur les immigrés illégaux, célèbre les “valeurs du travail”, et s’indigne de “l’assistanat”. Mais derrière cette façade de femme méritante et indignée se cache une autre histoire. Elle se présente comme une immigrée exemplaire, mais omet soigneusement de dire que son propre parcours est truffé de petits arrangements avec la morale. 

Je la connais depuis longtemps. Elle a toujours aimé le confort, les belles choses, les hommes bien installés. Déjà au Kenya, elle sortait avec un milliardaire qui avait facilement le triple de son âge. L’argent et les relations, elle a toujours su les utiliser. Je ne la juge pas. Chacun fait ce qu’il peut avec les cartes qu’il a. Mais, quand elle se métamorphose en donneuse de morale sur Facebook, j’ai juste envie de vomir parce que je connais son parcours. 

Je sais comment elle a obtenu ses papiers. Elle ne s’est pas mariée par amour, mais par stratégie. Elle l’a dit elle-même, à demi-mot, plusieurs fois. Elle voulait rester aux Etats-Unis, et c’était le moyen le plus rapide. Elle parle de « faire les choses dans les règles », mais ces règles, elle les a contournées quand ça l’arrangeait. 

Et puis, il y a cette obsession récente pour les “valeurs du travail”. Elle se scandalise en voyant des gens recevoir des chèques gouvernementaux, alors qu’elle-même a profité des aides COVID. Certes, elle a essuyé un premier refus, mais elle a fini par obtenir les fonds grâce à un avocat, un comptable expérimenté, et quelques contacts bien placés. Des ressources que la plupart des petites entrepreneures immigrées n’ont tout simplement pas. 

Le pire, c’est qu’elle parle de “valeurs familiales”, de “transmettre l’exemple à nos enfants”, alors qu’elle a bâti son parcours sur des compromis. Je ne dis pas qu’elle est un monstre. Elle est intelligente, rusée, elle a fait ce qu’il fallait pour s’en sortir. Mais qu’elle arrête de jouer les saintes patronnes de la vertu. Ce qu’elle reproche aux autres, elle l’a fait en mieux habillé.

Quand elle est arrivée aux États-Unis, c’était avec un visa étudiant. Jusque-là, très bien. Mais une fois le diplôme en poche, pas de job en vue. Les portes ne s’ouvraient pas comme elle l’espérait. Alors elle a envisagé ses options. Retourner vivre chez ses parents au Kenya? Trop peu glamour. Rester aux USA et épouser son copain de l’époque? Une option envisageable, mais il ne fallait pas gâcher sa carte si tôt.

Finalement, elle est rentrée au Kenya, y a passé deux mois là-bas, puis est revenue avec un visa investisseur. Elle a réussi à convaincre l’ambassade qu’elle avait les fonds, le projet, la vision. Ce n’est pas rien, certes. Mais elle ne l’a pas fait seule : son ancien compagnon américain (beaucoup plus expérimenté) l’a énormément aidée à monter son business. D’ailleurs, c’est lui qui lui a ouvert la voie. Quand elle est devenue “trop indépendante” à son goût, ils ont rompu. 

Puis, après la pandémie, tout s’est compliqué. Elle a même envisagé de fermer son business. Et là, deuxième carte à jouer : le mariage. Cette fois, elle y est allée franchement. Elle commence à fréquenter des hommes “dans l’optique du mariage”. Elle voulait quelqu’un qui l’aime, bien sûr, mais aussi quelqu’un qui puisse l’aider à obtenir ses papiers.

Aujourd’hui, elle est mariée et est mère d’une fille. Elle a obtenu la nationalité américaine, elle a gagné. Bravo à elle, mais qu’elle ne vienne pas nous servir des leçons sur la loi, l’ordre, le mérite. Elle affirme que la “famille” et la “loi” sont des valeurs importantes pour elle, mais tout dans son parcours sent l’opportunisme maquillé en vertu. Et c’est ça, le fond du problème : pas ce qu’elle a fait, mais le fait qu’elle s’érige en juge après avoir exploité les failles du système.

D’habitude, c’est dans le dernier paragraphe que je donne la morale de l’histoire. Mais là, non. Je ne vais pas le faire. Je ne vais pas insulter l’intelligence de mon lectorat : il est capable de tirer ses propres conclusions tout seul. La vérité, c’est que j’ai surtout écrit ce pavé pour vous inviter à écouter ma nouvelle chanson Ils nous ont bien divisé, dans laquelle je parle de certains des sujets abordés dans cet article. Bonne écoute! 

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3 comments

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